{"id":336,"date":"2013-11-17T02:57:06","date_gmt":"2013-11-17T02:57:06","guid":{"rendered":"https:\/\/webs.uab.cat\/arnau\/instrumentalisme-2\/"},"modified":"2024-08-14T12:38:15","modified_gmt":"2024-08-14T12:38:15","slug":"instrumentalisme-2","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/webs.uab.cat\/arnau\/fr\/instrumentalisme-2\/","title":{"rendered":"La m\u00e9decine est-elle une science ou une technique ?"},"content":{"rendered":"\n<p>Probablement \u00e9crite au d\u00e9but de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XIIIe si\u00e8cle, Arnau de Vilanova expose dans le <a href=\"teorica\"><em>De intentione medicorum<\/em><\/a> les bases de son \u00e9pist\u00e9mologie m\u00e9dicale, en se demandant si la m\u00e9decine est une science (<em>scientia<\/em>) ou une technique (<em>ars<\/em>) et quelles sont les diff\u00e9rences entre les objectifs du m\u00e9decin et ceux du philosophe naturel. Ce trait\u00e9 est celui qui aborde le plus largement cette question, mais la m\u00eame position se retrouve, d\u00e8s le d\u00e9but, dans d&rsquo;autres de ses \u0153uvres. Le point de d\u00e9part imm\u00e9diat semble \u00eatre la distinction d&rsquo;Avicenne relative \u00e0 la double voie \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 (celle philosophique et celle m\u00e9dicale), bien qu&rsquo;il n&rsquo;en reconnaisse pas explicitement l&rsquo;influence. En revanche, Arnau cite <a href=\"galenisme\">Galien<\/a>, et l&rsquo;interpr\u00e8te en ce sens. Arnau conclut que le m\u00e9decin est un technicien praticien guid\u00e9 par les sens (<em>artifex sensualis et operativus<\/em>) et, par cons\u00e9quent, il doit se concentrer sur la connaissance des signes particuliers perceptibles et utiles pour la gu\u00e9rison, en laissant de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui le distrait de ses objectifs, contrairement au philosophe naturel, qui recherche la compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale des processus naturels et leur cause premi\u00e8re. Un exemple en est le d\u00e9saccord sur le nombre de membres principaux entre Aristote, pour qui le seul est le c\u0153ur, et Galien, selon lequel, outre le c\u0153ur, le sont \u00e9galement le foie, le cerveau et les testicules, car tous ces organes abritent les facult\u00e9s naturelles correspondantes (respectivement vitales, nutritives, animales et g\u00e9n\u00e9ratives). Tandis qu&rsquo;Averro\u00e8s n&rsquo;accepte que la v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;Aristote, Arnau pr\u00e9tend concilier les deux autorit\u00e9s : d&rsquo;une part, il reconna\u00eet que le c\u0153ur est le principe distant de tous les processus mais, d&rsquo;autre part, il indique que l&rsquo;interpr\u00e9tation de Galien est plus utile pour le m\u00e9decin, puisqu&rsquo;il doit rechercher avec les sens la cause des troubles dans l&rsquo;organe qui en souffre dans chaque cas (le principe proche) ; en revanche, s&rsquo;il suivait l&rsquo;avis du philosophe, il devrait toujours traiter le c\u0153ur, inutilement. Selon Arnau, l&rsquo;une des voies possibles pour avoir une connaissance sensible est la dissection, mais avec les vivants celle-ci n&rsquo;est pas possible. Aussi, l&rsquo;\u00e9tat des organes internes doit \u00eatre d\u00e9duit \u00e0 partir de l&rsquo;observation de la sant\u00e9 des vertus. Cela veut-il dire qu&rsquo;Arnau pratiquait la dissection \u00e0 Montpellier ? Nous n&rsquo;en sommes pas certains, mais cela serait possible, puisqu&rsquo;Henri de Mondeville y a fait une d\u00e9monstration anatomique quelques ann\u00e9es plus tard, en 1304.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00ab instrumentalisme m\u00e9dical \u00bb arnaldien (McVaugh) \u00e9loigne la m\u00e9decine tant de la sp\u00e9culation th\u00e9orique que de l&#8217;empirisme anti-intellectuel. Alors qu&rsquo;il consid\u00e9rait la m\u00e9decine comme un ars, Arnau de Vilanova identifiait la conception de la m\u00e9decine comme une scientia avec l&rsquo;averro\u00efsme m\u00e9dical. C&rsquo;est peut-\u00eatre la raison, mais pas la seule, des attaques contre Averro\u00e8s figurant dans le <em>De intentione medicorum<\/em> et dans d&rsquo;autres de ses \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, des ann\u00e9es plus tard, dans le <a href=\"teorica\"><em>Speculum medicine<\/em><\/a> (v. 1308), Arnau consid\u00e8re la m\u00e9decine comme une science dans la d\u00e9finition qu&rsquo;il en donne \u00e0 partir de celle d&rsquo;Avicenne : la m\u00e9decine est la science qui cherche \u00e0 conna\u00eetre les dispositions du corps humain en tant que corps sain, \u00e0 conserver sa sant\u00e9 ou \u00e0 retrouver la sant\u00e9 perdue aussi rapidement que possible. \u00c0 partir de l\u00e0, il divise la m\u00e9decine en deux parties : la th\u00e9orique et la pratique. Tandis que la m\u00e9decine th\u00e9orique \u00e9tudie les dispositions du corps soignable dans la mesure n\u00e9cessaire pour mener \u00e0 bien sa t\u00e2che, la pratique montre la mani\u00e8re correcte d&rsquo;agir selon les besoins des dispositions r\u00e9v\u00e9l\u00e9es par la th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"440\" height=\"550\" src=\"https:\/\/webs.uab.cat\/arnau\/wp-content\/uploads\/sites\/132\/2022\/08\/ms_h_184_fol14v_dissection_les.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1342\" style=\"width:542px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/webs.uab.cat\/arnau\/wp-content\/uploads\/sites\/132\/2022\/08\/ms_h_184_fol14v_dissection_les.jpg 440w, https:\/\/webs.uab.cat\/arnau\/wp-content\/uploads\/sites\/132\/2022\/08\/ms_h_184_fol14v_dissection_les-240x300.jpg 240w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">XIR187031 Ms H 184 fol.14v Dissection lesson at the Faculty of Medicine in Montpellier, from &lsquo;La Grande Chirurgie&rsquo; by Guy de Chauliac, 1363 (vellum)  by French School, (14th century); Musee Atger, Faculte de Medecine, Montpellier, France; Giraudon; French, out of copyright<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><span style=\"font-size: x-small\">Illustration : Dissection \u00e0 la Facult\u00e9 <\/span><span style=\"font-size: x-small\">de m\u00e9decine de Montpellier, feuille de <em>La Grande Chirurgie<\/em> de Guiu de Chaulhac (1363), Facult\u00e9 de Medecine, Montpeller, Mus\u00e9e Atger, ms. H 184, f.14v.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Probablement \u00e9crite au d\u00e9but de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XIIIe si\u00e8cle, Arnau de Vilanova expose dans le De intentione medicorum les bases de son \u00e9pist\u00e9mologie m\u00e9dicale, en se demandant si la m\u00e9decine est une science (scientia) ou une technique (ars) et quelles sont les diff\u00e9rences entre les objectifs du m\u00e9decin et ceux du philosophe naturel. 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